dimanche , 20 janvier 2019

CHANGEMENTS CLIMATIQUE : 2017 A ÉTÉ UNE  » ANNÉE FUNESTE « 

L’année 2017 a battu de « funestes » records sur le front du changement climatique, a alerté la Banque mondiale (BM) dans un nouveau rapport publié sur son site web.

Diffusé à quelques jours de la 24e Conférence des Parties à la Convention-cadre des Nations Unies sur les changements climatiques (COP24) qui se tiendra du 3 au 15 décembre à Katowice (Pologne), le rapport prévient contre les conséquences dramatiques des changements climatiques sur le développement. Chiffres à l’appui, les auteurs du rapport affirment que pour la seule année 2017, les catastrophes d’origine météorologique et climatique ont amputé l’économie mondiale de 320 milliards de dollars. « Ces pertes économiques sont appelées à augmenter, et ce sont les conditions de vie et les moyens de subsistance des populations les plus pauvres et vulnérables qui en pâtiront le plus », ont-ils averti. Pire, « les effets des dérèglements climatiques pourraient faire plonger dans la pauvreté 100 millions de personnes supplémentaires d’ici à 2030, mettant en péril les acquis du développement », lit-on sur le rapport. L’évolution du climat va également contraindre beaucoup d’individus, des familles voire des communautés entières à migrer vers des régions moins exposées aux changements climatiques, indique la même source qui prévoit que le nombre de ces migrants climatiques internes pourrait atteindre 143 millions à l’horizon 2050 (en ne tenant compte que de trois régions du monde (l’Afrique subsaharienne, l’Asie du Sud et l’Amérique latine). Le tableau est sombre, mais il y a des signes encourageants qui appellent à l’optimisme, ont toutefois assuré les auteurs du rapport. « L’essor de l’économie climatique oriente de plus en plus la finance et les marchés vers le vivier que constituent les options sobres en carbone, tandis que le coût des énergies renouvelables et des batteries continue de chuter » ont-ils fait valoir. Par ailleurs, « les arguments économiques plaident aujourd’hui, clairement en faveur d’un développement climato-intelligent », ont-ils estimé. Pour étayer ses propos, la BM cite le dernier rapport « New Climate Economy », selon lequel la lutte contre le changement climatique recèle un potentiel considérable sur le plan du développement et de l’économie, avec des gains chiffrés à 26.000 milliards de dollars et la création de 67 millions d’emplois d’ici à 2030.  » Source de nouveaux emplois et débouchés, l’action climatique permet aussi de réduire la congestion du trafic routier et d’améliorer la qualité de l’air », at- elle encore souligné. Concernant l’engagement financier de cette institution financière dans la lutte contre le changement climatique, le rapport rappelle qu’un montant de 20,5 milliards de dollars a été alloué à l’action climatique en 2018, en multipliant par deux le volume de financements pour le climat par rapport au montant engagé avant l’accord de Paris. Par ailleurs, l’institution de Bretton woods a assuré avoir réalisé, avec deux ans d’avance, l’objectif qu’elle s’était fixé pour 2020 qui consiste à intégrer les enjeux climatiques dans l’ensemble de ses projets, conformément à son Plan d’action sur le changement climatique. « En outre, la proportion des projets de développement qui engendrent des bénéfices climatiques en plus de leurs activités principales a presque doublé, pour passer de 37 % en 2016 à 70 % en 2018 », s’est-elle félicitée. « Les financements du Groupe de la BM ont permis d’obtenir des avancées considérables, lit-on sans le rapport qui a cité à ce titre la production ou l’intégration de 18 gigawatts d’énergie renouvelable dans les réseaux électriques et la mobilisation de plus de 10 milliards de dollars de financements dans les énergies propres. Egalement, l’élaboration de 22 plans d’investissement en faveur de l’agriculture climato-intelligente dans 20 pays. Et enfin, l’accès de 38 millions d’habitants dans 18 pays à des informations météorologiques et des systèmes d’alerte rapide fiables afin de faire face à des catastrophes naturelles de plus en plus fréquentes et violentes. « Les choses bougent aussi du côté des marchés du carbone », ont encore assuré les auteurs du rapport, en affirmant que « les initiatives de tarification du carbone, essentielles pour donner le signal-prix qui incitera les acteurs du marché à investir dans la transition vers une économie décartonnée, ont triplé en dix ans. Trois ans après la signature de l’accord de Paris, les représentants de plus de 200 pays se retrouveront à Katowice, en Pologne, pour la 24e conférence des Nations Unies sur les changements climatiques (COP24). « Le Groupe de la BM qui sera présent à la (COP24), annoncera de nouveaux objectifs pour 2025, dont notamment une intensification de ses efforts en matière d’adaptation, et présentera ses travaux de recherche dans les domaines de la mobilité, du transport, de l’énergie et des enjeux sociaux de la transition, avec en fil rouge la promotion de trajectoires de développement sobres en carbone », a conclu le rapport.

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Un commentaire

  1. SAHRAOUI BOUALEM MÉTÉOROLOGUE A ONM

    Alors que le monde entier a les yeux rivés sur Katowice, en Pologne, où la 24e Conférence sur le climat (COP24) se tient jusqu’au 14 décembre, tous les indicateurs du réchauffement climatique sont dans le rouge, témoignant de l’urgence à agir. Les 200 pays réunis pour ce sommet sont appelés à trouver des solutions pour atténuer ses impacts qui ne font qu’empirer.Concentration record en CO2, chaleurs extrêmes, recul des glaces: les derniers indicateurs du réchauffement montrent l’accélération d’un phénomène planétaire et disent l’urgence à agir, au moment où s’ouvre dimanche la 24e conférence de l’ONU sur les changements climatiques.
    Les records de chaleur se multiplient 2018 devrait être la 4e année la plus chaude recensée depuis le début des relevés, selon l’Organisation météorologique mondiale (OMM). Le XXIe siècle compte ainsi 17 des 18 années records depuis le lancement des mesures en 1880, avec ces quatre dernières années qui forment le top 4.
    Cet été, l’Europe, l’Ouest américain et l’Asie ont été frappés par des vagues de chaleur, accompagnées de températures records au Portugal, en Scandinavie, en Corée du Sud, au Japon ou en Algérie, et parfois de gigantesques incendies. En Arctique, l’étendue de la banquise est restée largement en-dessous de sa moyenne historique tout au long de l’année, et a connu un plus bas historique en janvier-février.
    Les glaciers de la planète ont aussi rétréci pour la 38e année consécutive. En Suède, le sommet sud du Kebnekaise a perdu son statut de point culminant du pays, en raison de températures exceptionnelles cet été.Trop-plein de CO2
    Les concentrations des trois principaux gaz à effet de serre (GES) – dioxyde de carbone (CO2), méthane et protoxyde d’azote – ont atteint de nouveaux sommets en 2017 et poursuivent sur leur lancée cette année.
    La teneur en CO2, gaz qui persiste pendant des siècles, était de 405,5 parties par million (ppm) en 2017. La dernière fois que la Terre a connu une telle concentration, c’était il y a 3 à 5 millions d’années, note l’OMM: la température était de 2 à 3°C plus élevée et le niveau de la mer supérieur de 10 à 20 m au niveau actuel. Le méthane, lié notamment aux énergies fossiles et activités agricoles, voit ses émissions augmenter fortement depuis 10 ans. Sa concentration a franchi en 2017 un niveau équivalent à 257% de celui relevé avant la Révolution industrielle.Le niveau des océans augmente de 3,3 mm par an
    La hausse du niveau des océans, variable selon les régions, a été en moyenne de 20 cm au XXe siècle. Aujourd’hui il monte d’environ 3,3 mm par an, et le phénomène semble s’accélérer: le niveau des mers a crû 25 à 30% plus vite entre 2004 et 2015, par rapport à 1993-2004. La fonte de la calotte du Groenland explique en partie cette augmentation. Mais l’Antarctique pourrait en devenir le principal moteur: avant 2012, le continent blanc perdait 76 milliards de tonnes de glace par an ; depuis, ce chiffre a bondi à 219 milliards.

    Par la suite, si le réchauffement restait à +1,5 °C par rapport à l’ère pré-industrielle, le niveau des mers gagnerait 26 à 77 cm d’ici à 2100, selon les projections des experts du Giec. À +2° C, ce sera 10 cm de plus, soit jusqu’à 10 millions de personnes supplémentaires touchées. Surtout, à long terme, la calotte Antarctique et/ou celle du Groenland pourraient se trouver déstabilisées vers +1,5/2 °C, faisant grimper les mers de plusieurs mètres sur les siècles ou millénaires à venir.

    Les catastrophes naturelles s’aggravent
    Le réchauffement favorise déjà des phénomènes extrêmes, en particulier des sécheresses, des canicules, des ouragans. Au 20 novembre, l’OMM recensait 70 cyclones tropicaux pour 2018 (pour une moyenne annuelle historique de 53). Selon certaines études, le nombre de sécheresses, incendies, inondations et ouragans liés au dérèglement a doublé depuis 1990. Selon le Giec, +2 °C signifierait des vagues de chaleur dans la plupart des régions, et les précipitations liées aux cyclones gagneront en intensité. Déjà, les pertes liées aux cataclysmes naturels atteignent 520 milliards de dollars par an et font basculer chaque année 26 millions de personnes dans la pauvreté, a calculé la Banque mondiale.La biodiversité impactée
    Sur les 8.688 espèces menacées ou quasi menacées, environ 20% sont déjà affectées par le réchauffement, du fait des températures et phénomènes extrêmes. Les récifs coralliens ont subi ces dernières années un blanchissement massif et une mortalité record. Les scientifiques relèvent aussi une multiplication des épisodes de canicule océanique, menaçant les écosystèmes marins.

    TEXTE RÉDIGÉ PAR MONSIEUR SAHRAOUI BOUALEM
    ASTRONOME ET MÉTÉOROLOGUE A L’OFFICE NATIONAL DE LA METEOROLOGIE

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