vendredi , 26 mai 2017

QUESTION D’ARITHMÉTIQUE

Par Mohamed Abdoun :

Il était tout aussi prévisible que normal, ma foi, que ces dernières élections législatives continuassent à alimenter la chronique ainsi que les commentaires politiques. On en rencontre, chemin faisant, aussi bien des farfelus, des surréalistes, que des études de haute facture. Il en est ainsi pour Ali Benflis, partisan du boycott. Son  » lieu commun  » du il y aura un avant et un après 4 mai a de quoi faire sourire, sinon pleurer face à l’inanité de l’écrasante majorité des animateurs de la scène politique nationale. Evidemment qu’il y a toujours un avant et un après. Quoique, si l’on se fit aux théories unitaires et relativistes d’Einstein, les choses peuvent se compliquer quelque peu, puisque la notion d’espace-temps, qui commence par abolir la matière, permet en théorie de se mouvoir aussi vers le passé qu’en direction du futur. Mais là n’est pas (vraiment) le propos. En revanche, je me demande encore comment Louisa Hanoune a  » découvert  » que les bulletins nuls étaient l’oeuvre des militaires, et d’eux-seuls. Un vote est supposé être anonyme et libre. La suppression des bureaux spéciaux est supposée avoir mis fin à la polémique liée au vote des corps constitués. Suggérer que les militaires seraient forcés, quand même, de voter par leur hiérarchie est une perfidie ultime pour qui prétend défendre le pays contre toute ingérence étrangère. Et, sans défendre particulièrement l’ANP, sachant que la fraude a toujours eu ses adeptes et ses méthodes, et que ce sont les collectivités locales et les partis politiques qui s’y collent, il me souvient que durant les années 90, au plus fort de l’état d’urgence, quand les bureaux spéciaux existaient encore, un ancien collègue, au moment d’effectuer son service militaire (durant les législatives de 2007 ce me semble), m’avait assuré avoir librement voté au sein même de sa caserne pour un parti d’opposition dont les dirigeants, à l’époque, n’avaient franchement pas la langue dans leur poche. Bref, c’est en cultivant ce genre de perfides amalgames que l’on essaie de justifier son propre échec sur le plan politique. Et, à propos d’échec, il me semble bien que la palme d’or revient à Moussa Touati. Sa grève de la faim, summum du pathétisme, donne le plein aperçu du total naufrage venu balayer la classe politique algérienne. Mais, avant tout cela, il me souvient qu’Amara Benyounes, dont le propre frère, tête de liste à Alger n’a pas été élu (ce qui donne déjà une idée sur la manière discutable dont sont choisis les candidats), justifiait son plaidoyer en faveur du vote massif des Algériens par le fait que celui-ci est obligatoire dans certaines démocraties séculaires occidentales. Ici, ce que Benyounes ignore, ou omet de nous dire, c’est que là où il est obligatoire, les bulletins blancs et/ou nuls sont comptabilisés. Cela change tout. Absolument tout. Une démonstration ? Ici, en Algérie, ces près de deux millions de bulletins nuls dépassent de loin le premier parti du pays, qui se trouve être le FLN. Et, si l’on devait y ajouter une bonne partie des 65 % des non votants (en partant du principe que celui-ci soit devenu obligatoire), on mesurerait toute l’ampleur du désastre de nos hommes et partis politique, tout en rendant caduque l’installation de la future APN. Les bulletins nuls, très largement majoritaires, auraient en effet invalidé ce vote, tout en disqualifiant la majeure partie des candidats qui se trouvaient en lice. Je retiens de ce bref survol des faits et des commentaires formulés par les uns et les autres que les législatives de ce 4 mai sont en effet historiques à plus d’un titre. Elles scellent un tournant capital sur le plan du pluralisme politique en Algérie. Si elles ne disqualifient pas de facto les leaders politiques, elle les invite, tout le moins, à un profond examen de conscience. Faute de quoi, l’abstention continuera d’aller crescendo jusqu’à couper définitivement l’Algérien de ses supposés représentants. Avis !
M. A.

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