jeudi , 22 juin 2017
Mme de Staël, fille des Lumières et de la Révolution : La jeune femme qui a cru en un avenir plus juste

Mme de Staël, fille des Lumières et de la Révolution : La jeune femme qui a cru en un avenir plus juste

Deux cents ans après sa mort, Germaine de Staël, fille des Lumières et de la Révolution, femme à jamais insoumise, fait son entrée dans la prestigieuse (et très masculine) collection de la Pléiade chez Gallimard. Mme de Staël qui, de son vivant, fut la femme la plus célèbre d’Europe et qui a littéralement révolutionné la pensée de son temps avec ses écrits, rejoint le cercle très restreint des femmes publiées dans la célèbre collection. Avant elle, seules Marguerite Yourcenar, Virginia Woolf, Madame de Sévigné, Nathalie Sarraute, George Sand, Madame de Lafayette, Marguerite Duras, Colette, les trois soeurs Brontë, Thérèse d’Avila et Jane Austen ont eu ce privilège. Benjamin Constant qui fut l’un de ses amants a été publié pour la première fois dans la Pléiade en 1957. Le volume qui lui est consacré sera réédité à l’occasion de la parution de celui dédié à Mme de Staël. Trois textes phares de l’oeuvre de Mme Staël – “De la littérature considérée dans ses rapports avec les institutions sociales” (1800), “Delphine” (1802), “Corinne ou l’Italie” (1807)-, sont publiés dans ce volume à paraître le 20 avril. “L’existence d’Anne Louise Germaine Necker, baronne de Staël-Holstein, ne ressemble en rien à ce qu’a dû être le quotidien de la plupart de ses contemporaines”, rappelle l’universitaire britannique Catriona Seth, spécialiste du siècle des Lumières, qui a dirigé, avec Valérie Cossy, cette édition. Née à Paris en 1766, fille du Genevois Jacques Necker, ministre des Finances de Louis XVI, Mme de Staël (le nom de son mari Erik Magnus de Staël- Holstein, ambassadeur de Suède à Paris) côtoie dès son enfance, dans le salon de sa mère, Suzanne Curchod, tout ce que le siècle compte de gens de lettres et du monde. Diderot, D’Alembert, Buffon font partie des invités du salon. “Chacun de s’extasier sur l’enfant de la maison”, rapporte Catriona Seth. En 1788, son premier livre est consacré à Rousseau. Durant les premiers mois de la Révolution, “elle côtoie le pouvoir, influence des décisions et prend part, dans l’ombre, aux intrigues, à défaut de siéger dans les assemblées officielles ou de détenir un portefeuille régalien”. La jeune femme croit “en un avenir plus juste”… avant de déchanter. En exil à Londres et en Suisse, elle revient à Paris en mai 1795. Son roman “Delphine” est marqué par le deuil de la société idéale qu’elle a entrevue au début de la Révolution. Mais, femme libre, comme en témoigne notamment sa vie amoureuse, elle restera toujours fidèle aux idées libérales. Elle sera logiquement l’ennemie de Napoléon même si, rappelle Catriona Seth, “les premières conquêtes de Bonaparte l’ont enthousiasmée”. Mise au ban de l’Empire, elle est reçue dans toutes les capitales européennes comme une souveraine de la littérature et de la liberté. Contrairement à Olympe de Gouges, Mme de Staël ne peut être qualifiée de féministe mais elle est consciente que l’ordre social est, comme elle l’écrit dans “De la littérature”, “tout entier armé contre une femme qui veut s’élever à la hauteur de la réputation des hommes”. Son indépendance déplaît. “De son vivant et bien au-delà, Staël s’attire des réactions passionnelles de tout ordre”, écrit Catriona Seth. Jusqu’à sa mort à 51 ans, il y aura 200 ans le 14 juillet prochain, elle ne cessera pourtant d’écrire. “Auteur très lu de son temps, Staël a longtemps presque disparu des rayons des libraires”, déplore Catriona Seth. “Qu’elle ait osé tenir tête à tous les abus de pouvoir et refusé de se taire”, provoquant le scandale, “devrait susciter notre respect”. Le volume de plus de 1.700 pages (65 euros jusqu’au 31 décembre puis 72,50 euros) ne contient malheureusement ni “De l’Allemagne” (1810) ni ses livres posthumes “Considérations sur la Révolution” (1818) ou “Dix années d’exil” (1821), mais offre un bel aperçu de “la pensée enthousiaste” de Germaine de Staël. Pour Catriona Seth, “sa bienveillance désintéressée, son pragmatisme face aux idées comme aux institutions et son analyse délicate des intermittences du coeur ne peuvent que forcer l’admiration”.

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